Chers amis et chères amies du festival,

Pour la plupart d’entre nous, l’année 2020 fut marquée par l’impossibilité de voyager – souvent vécue comme une privation de liberté. Les déplacements et les contacts étant considérés comme mortifères, nous avons été priés de «rester chez nous». Notre vocabulaire s’est enrichi de nouvelles expressions et en a réactivé d’anciennes: gestes barrières, présentiel, confinement, distanciation sociale… Couplée à la menace croissante d’un désastre écologique, la crise sanitaire que nous traversons semble avoir remis en question les voyages jusque dans leur fondement. Assisterait-on, dès lors, à un tournant majeur dans leur conception et leur pratique?

Si les êtres humains se déplacent depuis toujours, que ce soit pour se nourrir ou pour fuir le danger, depuis quand voyagent-ils par curiosité, souci d’apprentissage, goût de la connaissance, ou, tout simplement, par agrément? Dans quelle mesure un déplacement géographique, animé par le désir d’exploration, de conquête et de domination, peut-il être considéré comme un voyage? Or il est aussi possible de voyager sans parcourir le moindre kilomètre. Les voyages «immobiles», qui relèvent de l’introspection, sont susceptibles de mener à la découverte d’environnements et de personnages inédits grâce à la littérature, au cinéma ou aux jeux virtuels. Par ailleurs, si les voyages sont largement tributaires de contraintes matérielles et techniques, ils s’inscrivent souvent dans un besoin de déracinement, une quête d’altérité, un projet de rencontres. Celles-ci peuvent changer le destin des voyageurs et des voyageuses, mais aussi, en retour, des lieux et des populations locales.

Le voyage est ainsi sur la sellette. À moins qu’il s’agisse plutôt du tourisme, qui banalise le désir d’évasion et l’expérience de la découverte? À quel prix s’élève la mise à disposition immédiate du monde?

Ce programme fait écho à la pandémie en cours: il appelle, en partageant notre passion de l’histoire, à sortir du quotidien, à « s’évader ». Il entend également questionner la notion de voyage – en explorant le passé, tout comme notre imaginaire et nos représentations ethno-centrées. Il souhaite susciter une réflexion sur le désir de parcourir le monde, sur le pouvoir de séduction exercé par la route. En examinant, à travers l’histoire, à la fois les voyages et les récits qui en témoignent, l’édition 2021 interroge nos sociétés contemporaines.

Nous tenons à remercier vivement l’équipe d’Histoire et Cité pour son engagement sans faille, contrainte qu’elle a été de repenser son travail et d’inventer une programmation compatible avec la situation actuelle. Notre gratitude s’adresse également à nos partenaires, ainsi qu’à nos mécènes pour leur confiance au long de cette année singulière. Enfin, notre reconnaissance va aux membres du comité scientifique et du comité éditorial du Festival pour leur générosité en temps et en idées.

Korine Amacher et Sébastien Farré

Co-directrice et co-directeur du #FHC

Yves Flückiger

Recteur de l’Université de Genève