«Remagifier» le monde sous le IIIe Reich
On connaît les relations entre certains maîtres de la magie allemande de l’entre-deux-guerres, comme Hanussen et Kalanag, et des nazis de haut rang. À y regarder de plus près, cette proximité transcende l’anecdote et introduit sans doute à une des raisons du succès du mouvement nazi. Dans un monde démagifié (entzaubert) par les processus de modernisation et de rationalisation, la Weltanschauung nazie, la «vision du monde», avait l’avantage de réintroduire le sens par cette forme de causalité magique offerte par le complot – un récit providentialiste qui, certes, congédie Dieu mais qui n’a pas renoncé à convoquer le diable. Le récit nazi, herméneutique constante du réel passé et présent, ouvrait aussi sur un avenir eschatologique riche de promesses enchantées pour la race germanique nordique. En opérant une «remagification» du monde, il s’agissait d’obtenir le consentement, voire l’adhésion, sinon l’enthousiasme des acteurs·trices d’une épopée criminelle et destructrice dont l’illusion devait se dissiper à partir de 1943.
En partenariat avec la Société académique de Genève (SACAD)