Synthèse d’un festival qui n’a pas eu lieu

Dans le registre des peurs, celle du vendredi 13, association du jour de la crucifixion de Jésus et du nombre de personnes réunies lors du repas au cours duquel il fut fait prisonnier la veille, porte le nom de paraskevidékatriaphobie. Vendredi 13 mars 2020, c’est une peur bien compréhensible, celle de la propagation du coronavirus, qui a amené le Conseil d’Etat vaudois à annoncer une série de mesures dont celle de la « fermeture des lieux de divertissements (cinémas, théâtres, musées, centres de jeunesse, centres sportifs, centres de fitness, piscines, centres de bien-être, discothèques, pianos-bars, boîtes de nuit, clubs érotiques). »

Paradoxalement, alors que la peur est un sentiment qui traverse la société en cette période de crise, le festival Histoire et Cité 2020, basé sur cette thématique, a dû être annulé. Cependant, l’adéquation entre le programme mis sur pied et les questions soulevées par la situation exceptionnelle que nous vivons a conduit à chercher une manière de faire le faire exister.

Le festival m’avait invité à suivre les différentes contributions afin d’en proposer une synthèse, de mettre en lien des propos concernant différentes cultures, différentes époques, différents lieux. Si les interventions ont été annulées, partager un peu de ce qu’elles auraient dû être au travers de la synthèse prévue pour les mettre en écho a plus d’intérêt que jamais. La forme de celle-ci va dépendre de l’évolution de la situation, mais elle se déroulera début juillet. Peut-être là où elle a été imaginée à l’origine, dans cet aula du Palais de Rumine où, derrière les fresques de Louis Rivier, se lit bien la référence à la chapelle Sixtine et au Jugement dernier de Michel-Ange, rappel que de tout temps la peur a été un moteur essentiel de l’organisation sociale.

Matthieu Jaccard, avril 2020